Foodies on Menorca
Bep Al·lès/Ciutadella - Près de la moitié des adolescents âgés de 14 à 18 ans ont consommé des boissons énergisantes au cours du dernier mois, et un sur cinq les a mélangées avec de l’alcool. Face à des chiffres qui montrent à quel point ces produits se sont répandus chez les plus jeunes, le gouvernement des Baléares a décidé d’en durcir l’accès : désormais, la vente et la fourniture de boissons énergisantes aux mineurs seront interdites dans l’ensemble des îles Baléares.
La mesure s’inscrit dans un décret-loi portant des mesures urgentes en matière de protection de la santé publique, approuvé par le Conseil de gouvernement. Le texte cible également une autre pratique qui gagne du terrain dans certains milieux festifs et touristiques : l’usage récréatif du protoxyde d’azote (N2O), communément appelé gaz hilarant.
La nouvelle réglementation interdit la commercialisation de ce gaz lorsqu’il est destiné à être inhalé à des fins récréatives, tout en maintenant sans restriction ses usages médicaux, dentaires, hospitaliers, alimentaires et industriels.
Le gouvernement justifie ces deux mesures par l’évolution des habitudes de consommation chez les adolescents et par les données scientifiques disponibles sur les effets de ces substances sur la santé. Dans le cas des boissons énergisantes, les rapports techniques alertent sur le fait que leur consommation s’est banalisée chez une partie importante de la population jeune, malgré leur forte teneur en caféine, en sucres et en autres substances stimulantes.
Les données de l’enquête ESTUDES 2023 dressent un constat qui inquiète les autorités sanitaires. Au total, 47,7 % des élèves âgés de 14 à 18 ans déclarent avoir consommé des boissons énergisantes au cours du dernier mois. Plus préoccupant encore, 19,5 % reconnaissent les avoir mélangées avec de l’alcool durant cette même période.
Ces produits contiennent généralement de fortes concentrations de caféine, ainsi que des sucres et d’autres stimulants. Les principales sociétés scientifiques déconseillent leur consommation aux mineurs, et les données disponibles associent leur ingestion à des troubles du sommeil, de la nervosité, de la tachycardie et à une consommation excessive de sucre.
Une consommation régulière peut également accroître les risques liés à l’obésité, au diabète de type 2, aux maladies métaboliques et aux problèmes cardiovasculaires, notamment lorsque ces boissons s’installent dans les habitudes quotidiennes des adolescents.
Mais l’un des phénomènes les plus préoccupants reste leur association avec l’alcool. Les boissons énergisantes peuvent réduire la perception subjective de l’ivresse sans pour autant diminuer le taux d’alcool dans le sang ni l’altération des capacités psychomotrices provoquée par l’alcool.
Cette fausse impression de contrôle peut inciter une personne à continuer de boire parce qu’elle se sent moins affectée qu’elle ne l’est réellement. Cela peut entraîner une consommation d’alcool plus importante, un retard dans la détection d’une intoxication et une hausse des comportements à risque.
La réponse du gouvernement consiste à interdire directement la vente et la fourniture de boissons énergisantes à toute personne âgée de moins de 18 ans sur l’ensemble du territoire des îles Baléares.
L’interdiction s’appliquera quel que soit le mode de vente, l’objectif étant d’empêcher les mineurs d’acheter ces produits par l’intermédiaire des différents circuits de commercialisation.
Dans le cadre de la nouvelle réglementation, sont considérées comme boissons énergisantes les boissons non alcoolisées contenant une forte concentration de caféine comme ingrédient stimulant, généralement associée à des sucres et à d’autres composants stimulants tels que la taurine, le guarana ou la glucuronolactone.
La mesure ne concerne toutefois pas toutes les boissons liées à l’activité physique ou sportive. Le décret-loi distingue expressément les boissons énergisantes des boissons isotoniques destinées à la récupération sportive, qui ont une composition et une finalité différentes et restent donc en dehors de l’interdiction.
L’autre substance visée par la nouvelle réglementation est le protoxyde d’azote. Connu sous le nom de gaz hilarant, son usage récréatif s’est développé dans certains milieux festifs pour plusieurs raisons : il est relativement bon marché, facile à obtenir et produit des effets rapides.
Le gouvernement estime que cette présence croissante, notamment dans certains environnements de vie nocturne et dans des zones touristiques, justifie un renforcement des contrôles. C’est pourquoi le décret-loi interdit la vente, la distribution et la publicité du protoxyde d’azote lorsqu’il est destiné à être inhalé à des fins récréatives.
L’interdiction vise également à renforcer la protection des mineurs et à rendre plus difficile leur accès à cette substance en tant que drogue récréative.
La nouvelle réglementation ne constitue toutefois pas une interdiction générale du protoxyde d’azote. Ce gaz possède plusieurs applications professionnelles légitimes et continuera d’être utilisé normalement dans les secteurs autorisés. Ses usages médicaux, dentaires, hospitaliers, alimentaires et industriels restent exclus des nouvelles restrictions.
Le gouvernement intervient donc sur la finalité récréative du produit et non sur la substance elle-même.
Les rapports techniques qui justifient la mesure alertent sur les effets que peut provoquer l’inhalation récréative de gaz hilarant. Sa consommation peut entraîner une perte de connaissance, des troubles de la coordination, des accidents ainsi que des épisodes d’hypoxie liés à un manque d’oxygène.
Les problèmes peuvent devenir plus graves lorsque la consommation n’est plus occasionnelle et se répète fréquemment. Les données scientifiques associent l’usage prolongé du protoxyde d’azote à des lésions neurologiques liées à une carence fonctionnelle en vitamine B12.
Parmi les conséquences décrites figurent les paresthésies — sensations anormales telles que fourmillements ou engourdissement —, l’ataxie ou difficulté à coordonner les mouvements, ainsi que diverses altérations cognitives ou psychiatriques.
L’augmentation de la présence du gaz hilarant dans certains espaces de loisirs est précisément ce qui a conduit l’administration régionale à intervenir sur sa commercialisation lorsqu’elle répond à une finalité récréative.
La nouvelle réglementation ne se limite pas à établir des interdictions. Le décret-loi modifie également le régime des sanctions afin que les infractions puissent entraîner des conséquences financières pour les responsables.
Le non-respect de l’interdiction de vendre des boissons énergisantes aux mineurs ou des restrictions concernant la commercialisation du protoxyde d’azote à des fins récréatives sera considéré comme une infraction grave au regard de la législation des îles Baléares sur les toxicomanies et autres addictions.
Les infractions graves pourront être sanctionnées par des amendes comprises entre 6 001 et 60 000 euros.
Le montant final de chaque amende dépendra des circonstances de l’infraction. Parmi les critères pris en compte figureront le risque causé pour la santé, la gravité de l’atteinte sanitaire produite, le bénéfice illicite obtenu, la nature des préjudices causés, le degré d’intentionnalité de l’auteur de l’infraction ainsi que l’éventuelle répétition du comportement.
Avec cette évolution réglementaire, les Baléares choisissent d’agir directement sur deux pratiques de consommation qui ont gagné en visibilité chez les jeunes et dans les espaces de loisirs. Dans le cas des boissons énergisantes, l’interdiction instaure une barrière légale face à des produits déjà consommés par près de la moitié des adolescents de 14 à 18 ans. Pour le gaz hilarant, l’objectif est de freiner son expansion comme substance récréative avant que son usage ne s’ancre davantage.
Le gouvernement inscrit ces deux mesures dans sa politique de prévention en matière de santé publique et affirme que les nouvelles restrictions doivent permettre de réduire l’exposition des enfants et des adolescents à des produits susceptibles de présenter des risques pour la santé, en particulier lorsqu’ils sont consommés avec de l’alcool ou dans des contextes festifs et de loisirs.
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