José Bosch, président de l’Association de Restauration CAEB Minorque : “Après la bulle, nous sommes revenus à la réalité”

José Bosch, président de l’Association de Restauration CAEB Minorque : “Après la bulle, nous sommes revenus à la réalité”

Itziar Lecea / Ciutadella – Avec une saison 2025 qui débute de manière irrégulière, José Bosch réfléchit aux causes possibles de la baisse du chiffre d’affaires dans le secteur de la restauration minorquine. Il évoque aussi les conséquences que certaines attitudes antitouristiques peuvent avoir sur les entreprises locales.

Peut-on dire que la saison 2025 est mauvaise ?
On peut dire que nous sommes revenus à la réalité. Après la COVID, l’année 2022 a été incroyable ; en 2023, nous étions encore portés par l’euphorie post-confinement, et l’an dernier, nous avons commencé à voir venir les difficultés : la bulle se dégonflait. En 2025, nous faisons face à une saison touristique normale à Minorque, avec une hausse de la demande via les tours opérateurs. Il existe de nouvelles offres de luxe, mais elles restent marginales. Contrairement à Ibiza, où ces établissements ont un grand impact, à Minorque ce n’est pas le cas. Ici, le visiteur cherche le calme — ce qui, pour la restauration, se traduit par une dépense minimale.

La fin de la bulle est-elle la seule cause de cette baisse ?
Non, nous souffrons aussi du coût élevé des billets d’avion, et d’une offre d’hébergement importante dans un contexte d’inflation, de prix élevés et d’instabilité économique. Ainsi, lorsque le touriste arrive à Minorque, il a peu à dépenser. La destination prime sur les services : ceux qui viennent, dépensent peu. C’est ce qu’on a constaté dans la première moitié de la saison.

On le remarque dans les commerces du centre-ville. Et dans les zones touristiques ?
Dans les urbanisations, il y a plus de tourisme organisé. Cependant, la baisse du ticket moyen se ressent partout. C’est paradoxal, car les chiffres du trafic aérien sont bons, mais les visiteurs bougent moins, dépensent moins. Nous devons aussi admettre que les campagnes antitourisme nous font du tort et auront des conséquences. Chacun a le droit d’exprimer son opinion, mais cela a été fait sans penser aux effets réels.

De quelles conséquences parlez-vous ?
Nous répétons toujours qu’il faut allonger la saison, au début comme à la fin. Cette année, le démarrage a déjà été difficile, et on en voit les premières répercussions. Le temps n’a pas aidé, provoquant des réservations de dernière minute. De plus, la restauration devient un secteur de moins en moins accessible.

À cause de la hausse des prix ?
Oui, les prix augmentent parce que nous n’avons pas le choix. L’inflation est hors de contrôle. Il suffit d’en parler avec les responsables des achats : les prix augmentent sans cesse. Le nouveau contrat collectif de l’hôtellerie contribue également à la hausse des prix finaux, pour maintenir les salaires.

Le dernier avenant du contrat a été signé en juillet. Quel est son impact ?
Le contrat de l’hôtellerie des Baléares — et je ne dis pas que nos employés ne doivent pas être bien payés, car sinon nous ne trouverons pas de bons professionnels — estime que chaque salarié doit générer environ 15 000 € de chiffre d’affaires mensuel. C’est un accord rédigé pour le modèle hôtelier majorquin, entre la Fédération Hôtelière de Majorque et un syndicat. Mais il ne reflète pas la réalité du secteur de la restauration minorquine, ni celle des petits hôteliers. Un restaurant de Ciutadella ne facture pas comme une chaîne de Majorque. Cette revendication est ancienne : il est injuste que soient soumis au même contrat un employé d’un resort ouvert dix mois par an et un serveur d’un petit restaurant ouvert six mois.

En Espagne, le coût moyen par salarié dans l’hôtellerie est de 2 500 €, contre 3 700 € aux Baléares. Un restaurant qui veut embaucher doit donc consacrer 30 à 35 % de son chiffre d’affaires au personnel, 30 % aux achats, 20 % aux dépenses, le reste étant le bénéfice. Pour équilibrer, chaque salarié doit générer 15 000 € par mois.

Et pourtant, il manque de main-d’œuvre !
Oui, plusieurs raisons expliquent cela. Les horaires, par exemple. Autrefois, on pouvait gagner plus en faisant des heures supplémentaires, mais aujourd’hui, elles sont limitées à 40 par semaine. Il y a 30 ou 40 ans, des saisonniers venaient de l’extérieur — ils gagnaient assez en six mois pour vivre toute l’année —, mais aujourd’hui, sans logement disponible, c’est impossible. Gagner sa vie dans la restauration est devenu difficile : plus d’heures supplémentaires, plus de “sixième jour” bien payé.

Quelles en sont les conséquences ?
Nous sommes en train de faire disparaître la gastronomie populaire. Il n’y a plus de menus à 12 ou 13 euros. Les familles le ressentent : auparavant, elles sortaient deux fois par semaine ; maintenant, une ou pas du tout.

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