Foodies on Menorca
Bep Al·lès/Ciutadella - À Minorque, la fin de l’été peut également se mesurer à travers les saveurs. Août et septembre sont les mois des figues, notamment de celles que l’on appelle populairement figues de cristià, un fruit étroitement lié au paysage rural, à la cuisine traditionnelle et à l’une des conserves les plus authentiquement minorquines : le figat. Cette confiture traditionnelle de figues, typique de l’île, fait partie d’un patrimoine gastronomique qui mérite d’être préservé, valorisé et de trouver une place toujours plus importante dans la cuisine contemporaine.
Depuis des générations, le figuier est un arbre familier des exploitations rurales de Minorque. Bordissots, colls de dama, paratjals, catalanes, figues de la reina, negretes ou figues de porc ne sont que quelques-unes des variétés traditionnellement cultivées sur l’île. Cette diversité montre à quel point ce fruit occupait autrefois une place importante dans l’économie domestique paysanne et dans une cuisine fondée sur l’utilisation de tout ce que la terre et les saisons pouvaient offrir.
Les figues sont indissociables de l’une des images les plus évocatrices de la gastronomie minorquine : une assiette d’oliaigua en été, accompagnée de figues fraîchement cueillies. Autrefois, cependant, leurs utilisations allaient bien au-delà. Les figues étaient séchées, conservées avec des graines de fenouil, confites, utilisées dans des coques traditionnelles ou cuites au four avec de l’anis. Et surtout, elles étaient transformées en figat.
Faire du figat représentait bien davantage que préparer une simple conserve. Dans les exploitations rurales, sa préparation devenait un travail collectif qui se terminait souvent par un goûter et un moment de convivialité. Les figues étaient hachées puis mélangées à des ingrédients aromatiques tels que l’anis, l’écorce de melon ou l’écorce d’orange séchée. Venait ensuite une cuisson lente, de trois ou quatre heures, dans un grand chaudron et à feu très doux, en remuant constamment à l’aide d’une pelle en bois. Une préparation patiente qui permettait de conserver dans des bocaux une partie de l’été afin de pouvoir en profiter tout au long de l’année.
C’est précisément l’une des grandes qualités gastronomiques du figat : sa capacité à relier le passé et le présent. L’association traditionnelle avec un fromage vieux ou affiné de Minorque reste probablement l’une des meilleures façons de le déguster. Le contraste entre le caractère intense, salin et persistant du fromage et la douceur profonde de la figue crée une harmonie qui reflète parfaitement la cuisine minorquine.
Mais le figat offre encore de nombreuses possibilités. Il peut trouver sa place sur des plateaux de fromages, servir à garnir des gâteaux et des pâtisseries traditionnelles, accompagner des pains artisanaux ou être intégré à des créations de restauration souhaitant mettre en valeur un produit incontestablement minorquin. Il peut également devenir un excellent souvenir gastronomique pour les visiteurs, notamment si l’on mise sur des productions artisanales, de petites élaborations et des présentations capables d’en raconter l’origine.
Promouvoir les figues et le figat signifie donc bien davantage que promouvoir une confiture. Cela signifie défendre les variétés locales, préserver les figuiers de nos campagnes, conserver les recettes et les savoir-faire transmis de génération en génération et donner une valeur économique à un produit saisonnier qui fait partie intégrante de notre paysage.
Lorsque, à la fin de l’été, revient le parfum des figues cuisant lentement avec les graines d’anis, ce n’est pas seulement une conserve que l’on prépare. C’est une manière minorquine de comprendre la cuisine que l’on préserve : tirer parti de ce que nous offre la terre, respecter le temps et transformer un produit simple en patrimoine gastronomique.
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