Foodies on Menorca
La saison touristique de cet été à Ciutadella ne commence pas sous les meilleurs auspices. À l’incertitude sur l’affluence des visiteurs et aux difficultés de recrutement s’ajoute un problème grandissant qui inquiète de plus en plus les restaurateurs locaux : les no show. Ce terme anglais désigne les clients qui réservent une table mais ne se présentent pas et n’annulent pas. Une pratique qui peut sembler anodine, mais qui a de lourdes conséquences pour un secteur aux marges serrées et qui repose sur une planification rigoureuse.
« Un samedi soir, on peut avoir une liste d’attente de dix tables et voir en même temps quatre tables réservées rester vides toute la soirée », explique F. Pons, propriétaire d’un restaurant du Ciutadella. « C’est frustrant et économiquement désastreux. Nous avons acheté la nourriture, mobilisé le personnel, et une partie de l’effort est perdue.»
Les restaurateurs s’accordent : les no show entraînent une double perte. D’une part, les tables vides représentent des recettes manquées ; d’autre part, on perd la possibilité d’accueillir des clients réellement motivés. Selon l’Association de la restauration de Minorque, en période de forte demande un seul no show peut entraîner une perte de 150 à 300 euros par service, selon le type d’établissement.
À Ciutadella, le problème est particulièrement sensible, car la saison touristique est courte et les mois de juillet et août concentrent l’essentiel du chiffre d’affaires annuel. « Nous ne pouvons pas nous permettre ces trous », affirme le propietere d’un restaurant gastronomique. « Les no show ne font pas seulement perdre de l’argent, ils démoralisent l’équipe. On a l’impression que tout l’effort n’a servi à rien. »
Le phénomène n’est pas propre à Minorque. Partout en Espagne et en Europe, de plus en plus de restaurants dénoncent cette pratique en hausse. Les réservations en ligne et la facilité de réserver simultanément dans plusieurs établissements ont aggravé le problème. « Avant, quand les gens appelaient pour réserver, il y avait un engagement plus personnel. Maintenant, en un clic, on réserve cinq tables et on choisit au dernier moment », déplore Pons.
À Ciutadella, certains restaurateurs estiment que 10 à 15 % des réservations de la saison peuvent se solder par un no show. Les jours de forte affluence, ce chiffre est encore plus élevé.
Face à cette réalité, de plus en plus d’établissements adoptent des mesures de protection. L’une des plus répandues consiste à demander un numéro de carte de crédit lors de la réservation. Si le client ne se présente pas et n’annule pas au moins 24 heures à l’avance, le restaurant prélève un montant fixe, généralement de 20 à 50 euros par personne.
« C’est une manière de responsabiliser le client », explique J. Bosch. « Nous ne voulons pas encaisser sans servir, mais nous ne pouvons pas non plus assumer seuls ce risque. »
D’autres établissements ont instauré des acomptes, notamment pour les dîners de groupe. Le client paie une partie à l’avance, qui est ensuite déduite de l’addition finale. Cette pratique, courante à l’étranger, suscite encore quelques réticences localement, mais elle est jugée de plus en plus nécessaire par les professionnels.
Certains restaurants ont même mis en place des listes internes de clients récidivistes. Ainsi, une personne qui a déjà fait défaut peut se voir refuser une nouvelle réservation ou contrainte de payer un acompte plus élevé. « Ce n’est pas agréable, mais il n’est pas juste que ceux qui respectent les règles subissent les conséquences des autres », commente Pons.
Certains consommateurs se disent surpris par ces mesures, mais beaucoup les trouvent légitimes. « Je trouve que c’est normal, explique Laura Garcia, une touriste habituée de Ciutadella. Si on réserve un hôtel et qu’on n’y va pas, on paie quand même. Pourquoi ce serait différent pour un restaurant ? »
Les restaurateurs insistent : la communication est essentielle. « Si un client nous appelle pour annuler, il n’y a aucun problème. Le vrai souci, c’est quand il réserve et ne vient pas sans prévenir. C’est ça qui fait mal », insiste Bosch Camps.
Le problème des no show survient à un moment délicat. Les prévisions pour la saison 2025 sont moins optimistes que les années précédentes. L’augmentation des coûts énergétiques, la difficulté à recruter et la concurrence accrue d’autres destinations méditerranéennes fragilisent le secteur. « Si, en plus, on ajoute des tables vides à cause de clients irresponsables, la situation devient encore plus compliquée », résume Pons.
Certains restaurateurs proposent d’aller plus loin que les mesures individuelles et de créer un registre partagé des no show entre les établissements de la zone. Ainsi, un client qui fait défaut dans un restaurant pourrait être refusé ailleurs ou contraint de verser un acompte. L’idée suscite toutefois des débats sur la protection des données, mais elle est perçue comme une dissuasion nécessaire par beaucoup.
L’Association de la restauration de Minorque envisage également des campagnes de sensibilisation pour rappeler aux consommateurs l’importance d’annuler à temps s’ils ne peuvent pas honorer leur réservation. « Il ne s’agit pas de criminaliser qui que ce soit, mais d’instaurer une culture du respect mutuel », expliquent-ils.
Le secteur de la restauration de Ciutadella sait que les no show ne disparaîtront pas complètement. Mais beaucoup estiment qu’avec des mesures adaptées, de la sensibilisation et un engagement plus fort des clients, le problème peut être considérablement réduit.
« Nous voulons continuer à offrir la meilleure expérience gastronomique possible, mais la relation avec le client doit être basée sur la confiance. Si chacun s’engage, tout le monde y gagne.»
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