Foodies on Menorca
Dans la paysannerie minorquine, il était d’usage d’abattre un cochon peu après la Toussaint, que l’on appelait le « cochon de la Saint-Michel à Noël ». Ainsi, avec un peu de poitrine fraîche, et comme il restait encore de nombreux sillons à labourer, on supposait que les ouvriers agricoles travaillaient avec plus d’ardeur. En réalité, c’étaient surtout les réserves de saindoux qui s’épuisaient, et la maîtresse de maison en avait besoin pour frire et cuisiner.
Ce cochon était considéré comme de bulto mayor, c’est-à-dire qu’il n’avait pas à être déclaré au propriétaire du domaine. On l’enfermait généralement en été, juste après la fin du battage, et on commençait à l’engraisser avec les restes des aires de battage, des épluchures et, au début du labour, avec de la farine d’orge mélangée à des figues de Barbarie hachées.
À la fin du mois de novembre, aux alentours de la Sainte-Catherine, on commençait à semer l’orge et l’avoine, ainsi qu’une parcelle de fèves. À Minorque, le semis des fèves était habituellement effectué par les hommes, mais il arrivait que, pour gagner du temps, une servante ou la fille de la maison suive le laboureur. Dans ces cas-là, on veillait scrupuleusement à ce que la femme ne soit pas en période de menstruation, car on croyait fermement que, dans le cas contraire, les fèves pousseraient mal. Cette croyance s’appliquait également au semis ou à la culture de certains plants, ainsi qu’à l’abattage du cochon.
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